Pourquoi FRIDAY THE 13TH (2009) mérite votre attention
- Alexis Fremont
- 13 févr.
- 7 min de lecture

S'il y a bien un genre cinématographique que je considère comme faisant parti intégrante de mon imaginaire : c'est bien le slasher.
Ce "sous-genre" du cinéma horrifique dont la formule est aussi connue que les figures qui la représente (Freddy Krueger, Michael Myers, Jason Voorhees) devint à la fois un objet d'étude filmique, mais aussi un élément de pop-culture encore bien vivant.
Seulement voilà, le monde du slasher, plus précisément de l'horreur en général, vit sous l'ombre d'un terme dont l'écho fait encore frissonner : remake.
Le contraire de la créativité diront certains, l'outil le plus efficace pour détruire nos classiques diront d'autres, l'allié des dollars faciles et des projets douteux.
Rassurez-vous, je n'y crois pas ; je n'y crois encore moins que lorsque j'entend que tel ou tel genre cinématographique est en déclin, voire pire en mort programmée.
Surtout que le sujet du jour n'est pas de vous parler de remake (oui, oui) mais bien évidemment de mort, vendredi 13 oblige, je ne pouvais pas passer à côté de cette occasion de vous parler de mon amour pour le douzième opus de la plus célèbre franchise mêlant camping, nudité, machette et hockey : Friday the 13th (2009)

Jason Voorhees est, à bien des égards, l'un des "héros" de mon imaginaire.
Pourquoi les guillemets ? Et bien, difficile de lire un terme aussi positif accolé à l'un des tueurs en série les plus célèbres de l'histoire de la fiction, et pourtant, c'est vrai.
Il est le centre névralgique de son monde (Crystal Lake), la figure mythologique de sa saga, il est le héros de récits qui, finalement, ne répondent qu'à ses règles.
Mais il est aussi mon héros, celui dont je connais les habitudes, les codes, celui qui me surprend plus qu'il ne me terrifie, le genre de héros qui fait de ton esprit un abris pour y faire perdurer son histoire, ses rites et conquêtes.
En 2009, Jason était déjà un héros, mon père m'avait laissé approcher des bois qui entourent Crystal Lake et la figure du tueur au masque de hockey m'étais suffisamment familière pour que, sans que je puisse le voir en salles, je sois excité à l'idée de voir un nouveau Vendredi 13.
Le teaser promotionnel du film m'avait d'ailleurs complètement fait frissonner, ce qui est toujours le cas aujourd'hui.
Quand vous mentionnez ce qui est, logiquement, le douzième opus de la franchise Friday, les réactions des fans, comme du public, sont diverses mais se rejoignent sur l'idée que le film est au mieux oubliable, au pire raté ; quelque chose avec lequel je suis, évidemment, en désaccord.
Tout d'abord il serait bon de répondre à la question : est-ce que Friday the 13th (2009) est vraiment un remake ?
Un brin de définitions s'imposent :
Remake = la même histoire, les mêmes personnages, les mêmes enjeux à l'exception d'un cast et/ou d'une imagerie différente.
Exemple : King Kong de Peter Jackson en film ou les opus 2-3-4 de Resident Evil en jeux-vidéos.
Reboot (aussi appelé hard reboot) : une nouvelle histoire/franchise se basant sur des personnages ou univers connus et prédéfinis.
Exemple : la saga Amazing Spider-Man de Marc Webb n'étant en aucun cas une redite de la trilogie de Sam Raimi ou la trilogie Batman de Christophe Nolan n'étant pas, non plus, une nouvelle version du Batman de Tim Burton.
Puis vient un autre terme, sans doute plus flou même auprès des connaisseurs, celui de "soft boot" se définissant comme = une suite (ou sequel) se déroulant dans la continuité d'opus précédents en choisissant, ou pas, les éléments qu'elle souhaite abordée au sein du canon, sans faire table rase du passé.
Un exemple récent : le septième opus de la saga Star Wars que beaucoup considèrent comme un soft-reboot.
Le but étant d'offrir la chance à de nouveaux venus de découvrir l'univers tout en conservant une mythologie déjà en place.
En suivant ces définitions, certainement pas gravées dans le marbre, on peut facilement déduire que ce chapitre de Friday soit en réalité plus un soft-boot qu'un remake.

Sans être aussi vaste ou compliquée que d'autres, la franchise des Vendredi 13 possède des codes et une mythologie confortablement installées depuis plus de dix films, ce qui en fait, à ce jour, l'une des plus conséquentes du cinéma de genre mais aussi un terrain de jeu parfait pour des scénaristes en herbe (vous l'avez ?) d'ajouter leur pierre à un édifice reconnaissable entre tous.
C'est dans cette optique que les scénaristes Damian Shannon et Mark Swift (déjà à l'œuvre sur Freddy vs Jason) ont composé le retour du tueur.
Dans une interview accordée au site de Friday the 13th franchise, le scénariste Mark Swift, en répondant à la question de leur approche à la saga et Jason, disait ceci :
Mark Swift : [La première chose à prendre en compte était Jason lui-même.
Nous (Swift et Shannon) étions convaincus que l'on devait retrouver un Jason plus réaliste, plus sauvage. Mais comme pour FvJ (Freddy vs Jason) , nous ne voulions pas modifier sa mythologie. Nous souhaitions que F13 (2009) soit comme une suite s'inscrivant dans la continuité des premiers films.]
Dès lors et avec ces éléments en tête, le film se démarque d'autres suite/reboot/prequel du même genre en inscrivant, directement, l'ADN d'une saga toute entière en un film pouvant à la fois ravir les fans de la première heure, et en offrant une introduction digne de ce nom à un public n'étant pas familier avec Jason.
Le film convoque plusieurs éléments au cœur de la franchise F13 : la mort de Pamela Voorhees, "sackhead Jason", la découverte d'un masque de hockey, la finalité de Part II ou encore un Jason évoquant celui de "Final Chapter" (Part IV)
La franchise Halloween, par exemple, possède une continuité bien plus déconstruite, jouant sur différentes timelines, laissant le choix, ou pas, au public de s'approprier la trame qui leur paraît la plus logique ou mieux ficelée.

Que l'on soit client ou pas, force est de constater que cette approche, s'il a des limites évidentes, prive avant tout d'une sorte de singularité dont certaines franchises, comme Friday, ont bien besoin.
Si le public choisira de voir ce qui l'intéresse ou le passionne, Friday the 13th (2009) peut fonctionner sur plusieurs niveaux :
Il est à la fois possible d'y voir un reboot de la franchise utilisant Friday Part III comme base et les opus I-II-IV comme références.
Une suite du premier opus incorporant l'héritage de ses suites sans pour autant s'encombrant de leur bagages narratif.
Un remplacement de la Part III d'origine (comme H20) mais s'inscrivant dans la timeline d'origine.
Bien sûr, beaucoup de fans de la franchise auront, à raison, des choses à dire sur cette interprétation mais il ne s'agit pas ici de faire le procès de la continuité F13 et de son lore (une prochaine fois) mais bien de revenir sur ce douzième opus qui, évidemment, possède bien d'autres atouts.
Produit par Platinum Dunes à qui l'on doit aussi les remake de A Nightmare On Elm Street (sorti en 2010) ainsi que de Texas Chainsaw Massacre (2003) et de son prequel The Beginning (2006), le film est réalisé par Marcus Nispel qui avait déjà signé (l'excellent) TCM de 2003.
Ce dernier, comme avec Chainsaw, comprend instinctivement le matériel qu'il tient entre les mains, dès sa scène d'introduction- une des plus efficaces de la franchise, le réalisateur fait preuve d'une certaine maîtrise dans l'exercice du slasher.
Brutalité, efficacité et rapidité sont les maîtres mots de Jason sous la caméra de Nispel.
Ce dernier offre un film que l'on suit instinctivement, sans jamais d'ennui ou de perte de vue du rythme du film.

Daniel Pearl, directeur de la photographie de films tels que le Massacre à la tronçonneuse d'origine (rien que ça) ou de son remake, signe la photographie de ce film et le moins que l'on puisse dire est que ce dernier est remarquable de ce point de vue.
Filmé comme un pur survival, l'image est régulièrement submergé de teintes ocre où Crystal Lake, le lieu de l'action, n'a jamais aussi bien rendue.
Pearl, ni un fan d'horreur et encore moins de la franchise, a expliqué avoir composé autour des reflets et jeux de lumières entourant Jason et ses proies tout au long du film, créant un sentiment d'oppression et d'asphyxie sans qu'il ne soit forcément visible à l'écran.
À la fois héritier et précurseur de tout un cinéma horrifique centré sur la nature et les grandes plaines, ce F13 propose une grande variété d'utilisations de la faune et la flore du camp pour, autant que Jason, qu'elle serve d'ennemi au groupe d'adolescents ayant la malchance de fouler ses terres.


Crystal Lake comme terrain de jeu, Jason est ici un chasseur parfait incarné par le génial Derek Mears.
Si le film conserve les éléments mythiques d'un Vendredi 13, c'est bien Jason qui reste le cœur du récit.
Mears succède ici à différents acteur/cascadeurs ayant porté le masque de hockey, de Ted White à Kane Hooder, en passant par Richard Brooker et C.J. Graham.
Son Jason, à la croisée d'un proto Rambo et de ce qu'il était dans Part 3, est violent, réactif, sadique, usant de la physicalité impressionnante de Mears, rapide, brutal et reste, à ce jour, le croissement parfait des deux versions de Jason :
humaine (entre la Part I-IV) et zombie (Part VI-XI).

Le slasher est formulaique.
Quoique vous fassiez il est difficile que vous puissiez inventer ou réinventer quelque chose ; il est en revanche bien plus difficile, selon moi, d'en transmettre les codes avec rigueur et respect.
C'est ici que Friday the 13th (2009) brille de part son approche volontairement plus moderne mais profondément tendre envers ses racines et les 29 ans qui le séparait alors de son aîné.
La formule est bien connue : coin isolé, des adolescents, de l'alcool, de la nudité et, souvent, du sexe puis vient un tueur, masqué de préférence, provoquant un carnage qui finira par être stopper par la célèbre final girl.
Le genre ne date pas d'hier et si d'autres films post Friday ou Halloween ont su redynamiser ce qu'il est (comme Scream) ce film prend le pari de vous surprendre avec quelque chose que vous connaissez forcément.
Rien ne pourra vous convaincre si vous n'êtes pas réceptif à ce genre de film, et encore moins les Friday ; cependant, il est important de noter que ce film est sorti le vendredi 13 2009, date à laquelle j'écris ces lignes, moins l'année.
C'est donc son anniversaire.
Il serait bête de le contrarier, pas vrai ?

Sources :
From The Archives: Director Of Photography Daniel Pearl Talks 'Friday The 13th 2009'
Inside Derek Mears broken backs and Jason's hockey masks




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